Netgothfr - Chroniques



N°: 9

WAVE-GOTHIC-TREFFEN 12 (jours 1 et 2)

6 au 9 Juin 2003, Leipzig (D)


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(Photos et vidéos par Richter, chronique par Renaud et oeuvrebruitiste)



Cette année encore et pour la douzième fois consécutive, Leipzig accueillait ce festival que l’Europe tout entière, le monde occidental et une partie de l’Asie mineure envient à l’Allemagne, véritable pèlerinage de Saint Jacques pour passionnés de musiques obscures, de contre-culture et de rajouts violets : J’ai nommé le "Wave Gotik Treffen"... 140 groupes au bas mot, une dizaine de sites éparpillés dans la ville et trois jours de festivités, trois jours de rencontres, trois jours de découvertes et d’extases (si si)...





C’est par une chaleur étouffante que nous prîmes la route en direction d’une lointaine pampa germanique au nom imprononçable, au delà de deux frontières tout de même (trois avec celle de l’Ile de France francophone et de la France métropolitaine). Après plus de 12 heures de voyage, dont plusieurs heures d’embouteillage provoqués par des travaux, le mauvais œil et une saucisse, nous arrivâmes enfin à destination. Ce farceur de Murphy nous a bien entendu gratifié d’une accumulations de contre-temps sur place : formalités administratives, entrées, carte de camping, emplacement où planter nos tentes (merci à nos amis suisses Kurt et Ivan, chevaliers de l’ordre de l’ortie foulée au pied), etc.


L'AMBIANCE





En dépit d’une chaleur écrasante qui atteignait parfois les 42°, une atmosphère bon enfant régnait sur le camp aux allures de fin du monde : aride, poussiéreux, bondé à l’extrême et sillonné par d’étranges individus hagards, vêtus qui d’uniforme d’improbables et fantoches armées, qui de haillons savamment ajustés. La chaleur et l’enthousiasme infatigable des voisins rendant difficile de passer une nuit convenable sous la tente, les rares parcelles ombragées de pelouse étaient parsemées de dormeurs où faisaient office de lieux de rendez-vous et de discussions. Les pièces d’eau quant à elles, étaient propices à de plaisants (pour les spectateurs) jeux de rafraîchissement et de T-shirts loqueteux mouillés. Mot d’ordre : convivialité (pack de 36 de rigueur).


LES FESTIVALIERS







Comme chacun sait, le gothique c’est un tiers de musique, un tiers de culture autre, un tiers d’apparat et un tiers de vacuités diverses ("Ca dépend de la grosseur des tiers" comme disait Pagnol). Parlons donc un peu des allures diverses et chamarrées, si représentatives des diverses communautés musicales présentes, qui s’offraient à nos regards avides et curieux : métalleux, punks, cyberpunks, gothiques médiévaux, fétichistes, electro, dark folk et assimilés, qui tous cohabitèrent sans heurt. Créativité ou catalogue X-Tra, du plus sobre au plus guignolesque, le mélange des styles et des matières occasionnait un véritable ravissement de l’œil.


LE VILLAGE MEDIEVAL



Partons à la découverte d’un lieu exquis : le "Mittelalter Dorf" ou "village médiéval", situé à seulement quelques pas du camping. Sur place, tentes et échoppes diverses permettent de redécouvrir métiers artisanaux, traditions culinaires et vestimentaires de l’époque d’un XIe – XIIIe siècle approximatif. Il était en outre possible de consommer (hardiment) ce qui avait été préparé sous les yeux des gentils membres, ainsi que d’acheter (faut bien vivre) certains produits de la ferme : vêtements, bijoux, armes, main de gloire.




Durant la journée, on pouvait également assister à de virils et bruyants affrontements entre des paladins de mauvaise humeur, des chevaliers mal peignés et des barbares barbus (et hirsutes). Distribution de coups de taille et d’estoc, hurlements gutturaux, choc des épées, des haches et des boucliers : une symphonie (wagnérienne évidemment) martiale du chaos des âges sombres, à laquelle était invité à participer le public, donnant à ce champ de bataille improvisé des allures de récréation pour grandes personnes.






Le soir venu, tout au long du festival, tandis que les esprits s’apaisaient, les feux de camps embrasaient le village entier, se parant des couleurs aux tons chauds d’une fête païenne animée par les trouvères et les saltimbanques, comme le groupe Faun dont nous devions goûter plus tard, à l’Agra, les enthousiasmantes mélodies d’un autre âge...


Salle "Agra"


LE CONCERT DE THE GATHERING



Revenons à notre arrivée : une fois pénétré dans le saint des saint en ce premier soir, nous sommes allés nous recueillir au pied de la madone Anneke. De fait, en comparaison au tête à tête de L’Elysée Montmartre, l’Agra faisait figure d’usine, et certains émettront quelques critiques concernant la qualité du son. Ceci dit, la belle fit assez bonne figure pour porter haut, une fois de plus, les couleurs de son dernier album, qui fit couler autant d’encre qu’Anneke de salive... Le public ne s’y trompa guère et manifesta bruyamment son approbation...


LE CONCERT DE DAF



"En dépit de l’histoire, nous restons camarades" et les DAF le prouvent... Une longue histoire pour le duo américano-allemand, et un nouveau chapitre ce soir puisque c’est globalement un triomphe qui les attend, au regard de la foule amassée dans le vaste hangar de l’Agra. Certes, le son est daté et la prestation ressemble étrangement au concert donné à La Loco quelques mois auparavant. Manqueront pourtant ce soir les sympathisants bodybuildés de la cause faisant des pompes en rythme, confinés à la fosse par le pointilleux service de sécurité lors des lignes de basse cinglantes de "Tanz der Mussolini".

Difficile toutefois d’apprécier pleinement ce premier "Midnight Special", tant la route (satanée saucisse) fut éprouvante... D’autant que nous avions encore les tentes à monter... Seigneur, "engagez-vous" qu’ils disaient...





Salle "Parkbühne"


LE CONCERT DE DESERT & FORTUNE



Second jour de festival : Parkbühne, une scène en plein air, en contrebas d’un petit amphithéâtre. Sous un soleil de plomb, Desert & Fortune ouvre le bal. Découverte pour nous qui rougissons de honte en apprenant que ce groupe du cru a vu le jour en 1994 et compte déjà quatre albums. Un rock gothique d’agréable facture qui évoque (ô surprise) la vie, la mort, le désespoir, les rêves, bref, tout ce qu’un tel nom peut évoquer comme antinomies... Force est de constater, à leur décharge, qu’à défaut de sonner neuf, ils sonnent bien. Dommage que nous soyions si peu nombreux à en profiter... Ceci dit, quelle idée de proposer un concert en tout début de matinée, à tout juste 15 h...


LE CONCERT DE BLOODY DEAD & SEXY





Visuel détonnant et très étudié pour ce groupe plus ou moins (bat)cave – deathrock (mortel du moins) : un Jésus Christ superstar à la guitare, flanqué d’un ersatz de punk dark folko-mansonien et d’un fétichiste guignol, considérés semble-t-il comme les produits d’une résurrection des mythiques Rozz Williams et Christian Death (du fait la poupée du bouquet de roses qui pendouillent au pied de micro ?). Bref, quoiqu’on en pense Jésus et sa bande auront su exploiter le créneau artistique et horaire, et faire passer un bon moment au public.


LE CONCERT DE BLOODFLOWERZ





Là encore, découverte... Il n’y a que nous qui ne connaissons pas, ou bien ? Apparemment oui, puisque c’est une véritable ovation qui accueille Bloodflowerz à son arrivée sur scène, posant là un "Tainted Love" sulfureux. Nous envisageons ceci dit l’éventualité d’une motivation toute hormonale des acclamations, à la vue de Kristen (c’est son petit nom), la jeune et jolie vocaliste, toute en résilles, en clous et en New Rock.

Bloodflowerz est en fait un groupe local qui a su trouver sa place dans la nébuleuse goth metal. Scéniquement très efficace (à défaut d’être très original), le groupe développe une musique et des ambiances nourries de spiritualisme Prisunic sur l’affrontement du bien et du mal, mais qui ont le mérite de parler au plus grand nombre... Et puis la chanteuse est mignonne, derrière son plâtras noirâtre de "gothic girl" pâlotte et libérée...


LE CONCERT D'INKUBUS SUKKUBUS





C’est décidément un après-midi pour les hommes, puisque débarque à présent la plus jolie des doyennes du rock (et son comparse de toujours, respectivement le plus mal peigné des doyens du rock, avec Keith Richard).

Cette fois encore, Candia allume la flamme païenne de Beltaine dans le cœur du public et transforme Parkbühne en couvent Wicca. Les (vieux) titres s’enchaînent : "Wytches", "Take My Hunger", "Vampyre Erotica", toujours efficaces... Même si la recette a comme un goût de réchauffé. Toutefois, en dépit d’une chaleur encore écrasante, Candia virevolte, minaude, sans un temps mort... Bon, vu la longueur toute symbolique du concert, c’eût été dommage, et nous en aurions bien repris une louche... On se console en jetant un regard concupiscent sur la croupe de la brune incendiaire qui s’est mêlée, une fois son devoir accompli, aux festivaliers (Bêêêlle)...


LE CONCERT D'IKON



Sans être une icône (haha), voilà une fois de plus une excellente formation goth rock qui n’est pas sans évoquer les récentes productions de Paradise Lost et qui figure sans doute parmi les influences des adolescents de The 69 Eyes... Un brin plus crédibles au fond que les brise-cars d’Inkubus Sukkubus, Ikon pose un concert envoûtant, mélancolique, presque feutré, mais indéniablement rock... Un excellent moment...


LE CONCERT DE WAYNE HUSSEY



Bizarre autant qu’étrange : les techniciens installent sur scène un tabouret de bar... qui trouve toute sa justification lorsque Mr Hussey arrive avec une bouteille de vin rouge dans une main et une guitare acoustique dans l’autre. L’ex-chanteur de The Mission délivre alors, entre deux rasades, une performance acoustique respirant la quiétude de l’homme mûr, à l’image d’un Justin Sullivan. Un concert presque intimiste, dont le point fort restera, à n’en point douter, les reprise de "Severina" et "Wasteland" de The Mission...


LE CONCERT DE BLUTENGEL









Dernier concert de la journée à Parkbühne, le plus attendu à en juger par l’amassement du public : Blutengel et ses ultimes bombes dancefloor. Lancée par "Vampire Romance I", la représentation de la troupe sanguinaire et sexy de Christian Pohl s’avère rapidement différente – sinon dans sa mise en scène, du moins dans le choix des titres, de celle du festival Purple Moon de mars dernier.

Tube après déhanchement après suçon, le spectacle se laisse dévorer comme un fruit qui tache à la saveur sucrée : ce n’est pas très sérieux, mais c’est tellement bon... Une piste à la taille de Parkbühne s’improvise dès "Die With You", le second titre, et l’on tente, sans trop bousculer ses voisins d’onduler son corps aux harmoniques electro imparables du bellâtre de Terminal Choice, tandis qu’une majeure partie (féminine) du public entonne à pleine gorge (profonde) les paroles, tout en buvant celles du charismatique Chris "Robbie Williams chez Dracula", moulé dans ses atours qui font le bonheur des vendeurs de frusques gothiques... Et pour les hommes ? Constance est une fois de plus carrément ban... ravissante, exquise, aguicheuse en diable dans toutes ses (absences de) tenues...

Autant de titres, autant de sourires : "Stranded", "Our Time", "Keine Ewigkeit"... Pour tout dire, c’est un véritable délice, tant pour les oreilles (si on aime l’electro bien sucré) que pour les yeux. Une bonne heure plus tard, lorsque s’égrainent les dernières notes acides de "Der Spiegel", le public gourmand en redemande, et il a bien raison, puisque dans sa grande bonté, le saigneur nous accorde deux magnifiques rappels, dont l’électrisant "Children Of The Night"... Avant de repartir vers l’Agra, histoire d’essayer d’assister au concert de VNV Nation, prélude à l’aubade à la grande Europe de Laibach...




Comme un bonheur n’arrive jamais seul, n’est-ce pas, nous aurons, le lendemain, celui de croiser Chris et Constance dans l’espace presse... La preuve en photo (qui va faire des jalouses ?)...


Salle "Agra"


LE CONCERT DE VNV NATION



De retour à l’Agra donc, nous nous sommes heurtés à une masse compacte qui remplissait la quasi totalité du lieu... Impossible de se faufiler vers le devant de la scène sans se faire aboyer dessus par des fans aux oreilles bien dégagées.

On constatera tout de même que Ronan et Mark étaient accompagnés, sans doute remplir davantage la gigantesque scène, d’au moins un clavier supplémentaire... Manifestement, encore un franc succès pour le duo qui, du décompte de Future Perfect du début, aux nappes acides d’Electronaut, aura fait danser de concert plusieurs milliers de spectateurs enthousiastes, certains brandissant pour le plus grand plaisir de Mark et Ronan une immense bannière frappée du monogramme de la nation-de-la-victoire-et-non-de-la-vengeance...


LE CONCERT DE LAIBACH





Certains prophétisaient un set martial à l’ancienne, d'autres misaient plus volontiers sur une ambiance electro... Il n'en fut rien : Laibach fut Laibach, impérial, magistral, insaisissable et rétif à toute tentative de jugement. Après quelque 40 minutes d'attente sur fond de musique atmosphérique, les slovènes prirent place sur scène et le rideau se leva sur un théâtre aux acteurs sans faille tout au long du concert. Concert ? Cérémonie bien plutôt, emmenée par une voix rauque et d’implacables rythmiques aux antipodes de la douceur néo-romantique de Blutengel, à peine deux heures auparavant...

Après une introduction grandiose, le groupe commença à exécuter les titres phares de NATO : "The Final Countdown" et "In The Army Now" notamment. Gagné par l’euphorie, le public est fin prêt lorsque les boucles acérées de "Alle Gegen Alle" viennent lui fouetter les sangs et déclencher sans doute le premier pogo du festival. S'enchaînent dans une même démonstration des titres extraits de Jesus Christ Superstar : "God Is God", "Jesus Christ Superstar", de Kapital "Wirtschaft Ist Tot" et la pièce maîtresse, le morceau de bravoure à multiples niveaux de lecture (comme tout Laibach en fait) : "Sympathy For The Devil" qui mettra tout le monde d'accord... Le Diable est beau, le Diable est grand, il est le diviseur, l’accusateur, l’étoile du matin, le porteur de lumière... Il est même peut-être slovène, qui sait...

En ultime rappel, le hit pop autrefois mollasson, aujourd’hui viril et martial "Life Is Life" repris en chœur par une large frange (sur le côté ?) du public, achèvera les irréductibles dans une extase toute en râles et en convulsions, et déroutera un peu plus les sceptiques.

Les principaux reproches à formuler seront sans doute l'absence, alors, de nouveaux titres, ainsi que l'impasse faite (volontairement ?) sur l'incroyablement efficace "Geburt Einer Nation"... Qu'à cela ne tienne, nos intrépides et indéracinables défenseurs de l'Europe nous surprendront toujours et rien que pour cela nous leur accordons toute notre gratitude...



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RICHTER


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