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N°: 72

ADAGIO + MANIGANCE + MALEDICTION

17 Fevrier 2004, L'Elysée Montmartre, Paris (75)


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(Photos et vidéos par Richter, chronique par Renaud)


Il y a des semaines chargées comme ça, où les événements se succèdent au point de vous faire rater LE moment que vous attendiez avec la plus grande fébrilité. Là par exemple s’enchaînaient le concert de Malédiction / Manigance (et d’Adagio aussi, oui) et, le lendemain, la première édition du festival de L’Erèbe, organisé – rappelons-le pour mémoire – par une jeune association qui monte : la Bibliothèque du Cénacle. La chronique en est bien entendu à venir prochainement, sous la plume du mélomane et sémillant Sarg qui, comme personne en ces lieux sait faire subir à d’innocentes biquettes les derniers outrages, au point de leur faire pousser la goualante, mais je m’égare. C’est sans doute cette surcharge d’événements qui nous valu cette dramatique absence et nous coûta pas moins que le concert de Malédiction dont je ne dirai, par principe et parce que c’est l’un de mes groupes préférés, que du bien.

La preuve en tout cas que la scène française se porte bien hors des murs des « vomictoires de la musique » et de leur gerbe de crooners mollassons faisant commerce de la plus basse flagornerie au troupeau. Malédiction disais-je... Malentendu ou trouble des fonctions cognitives, toujours est-il que nous ne pûmes découvrir le nouvel album de Malédiction – Esclave du vice – sur la scène de l’Elysée-Montmartre. Mésaventure d’autant plus rageante que cette affiche jouissait d’une belle complémentarité entre les p’tits jeunes qui montent, les briscards qui s’affirment et les tenants uniques - ou peu s’en faut – d’un genre sur la scène française.

Profitons-en tout de même pour dire quelques mots de Malédiction que nous avions découvert en concert privé (private joke) au festival Métalliance à Ressons-sur-Matz l’an passé. Un premier album – Condamnés (Brennus - 2001) - présentant de multiples similitudes (concept visuel, thèmes abordés – mettez donc en parallèle « Prince des ténèbres » et « Vampire » ou bien « Le Fils de Satan » et « Prière de Satan ») avec « Exécution » d’ADX (1985) et dont ils reprenaient un titre (du groupe, pas de l’album) : Les Enfants de l’ombre. Bref, un premier album déjà très abouti techniquement et aux textes rendus singulièrement poétiques par l’articulation en rimes plates, croisées ou embrassées, inspirés par Bram Stoker (et Coppola), Ira Levin (et Polanski) ou Charles Baudelaire (vers l’Aine).

Le second – Esclave du vice (NTS - 2003) – offre de nettes évolutions : un son plus gros, des guitares plus agressives encore, un nouveau batteur, un nouveau parolier en la personne de Mathieu Poulain le second guitariste, un visuel superbe et des textes explorant diverses nuances de la noirceur de l’âme, comme une mise en musique du « Démon de la perversité » de Poe. Le délire addictif de l’ « absynthe » y côtoie l’esprit malade d’un bourreau au service d’une « justice assassine » et l’ « hérésie » d’une sorcière vouée à Hécate, en nous menant des « conspirations » de la haute Egypte « vers l’Enfer » et, sur la barque de Charon, « au royaume d’Hadès ». Hélas, nous n’aurons pas pu reprendre en chœur « Dans ma mémoire... » puisqu’ arrivés trop tard. Faute de mieux, nous aurons quand même pu échanger quelques mots avec Sylvain et Mathieu qui sont quand même, il faut bien le dire, très, très sympathiques. Bref, on se console et on embraye sur...


LE CONCERT DE MANIGANCE







On peut reconnaître à Manigance d’emblée deux qualités : réussir à marier la langue française et le heavy metal, et ne pas prendre l’auditeur pour un imbécile avec des textes visant au-delà de l’image traditionnelle d’une lame dégouttante du sang d’un roi (hinhin). En ce sens on pourrait rapprocher Manigance et Killers. La comparaison n’est pas innocente puisque François Merle, guitariste et co-fondateur du groupe est un ancien membre du plus basque des groupes français et inventeur du « heavy speed Etorki » (promis je ne la ferais plus, pas taper Petit Karoo).

Des textes sur l’épineux rapport à l’altérité, au père et aux pairs, sur toile de fond futuriste, tableaux tragiques de cœurs trop grands dans un monde trop étroit : Manigance titille autre chose que la fibre belliqueuse et des fois, c’est pas plus mal. La technique suit, les claviers sont plus présents que dans les précédents « Ange ou démon » et « Signe de vie », en gardant leur importance sur scène, tandis que Didier, très en forme, emmène ce petit monde sans faillir d’un album à l’autre.

Ouvert sur « Mirage » et « Empire virtuel », le concert de ce soir démarre dans un déluge épique de doubles croches qui impose le respect (si, si) et conquiert sans doute, si ce n’était déjà fait, le maître Patrick Rondat. Soit, On n’a pas non plus devant soi un groupe de méchants et le son très, très riche en claviers hard FM, Didier n’étant pas non plus Glenn Danzig avec ses apostrophes au public en forme de « Hmmm Paris est-ce que tu es là ? », est presque trop propre, mais l’énergie est là, tangible et communicative.

Parenthèse personnelle : je partais dubitatif sur Manigance, pas vraiment séduit par « Ange ou démon », là je suis à fond dedans : « Mourir en héros », « Héritier », l’hymne éponyme « D’Un Autre sang », « Dès mon retour », « Intégrité » (extrait de « Ange ou démon »)... Chaque nouveau titre ou presque m’arrache un sourire de jubilation, un peu comme « Illusion » de Killers, un « Hail And Kill » ou un « Heart Of Steel » de Manowar, les fans comprendront.

Bref, Manigance j’en sors conquis, et je pense que ceux qui arrivaient avec un a priori auront été convaincus par l’indéniable talent du groupe à ciseler des hymnes à la mélodie imparable en dépit d’une métrique du texte et de rimes un peu pop des fois quand même... Mais tout de même qu’est-ce que c’est bon ! « Vouuus ne pouuuvez meee cooomprendre / Et si l’on me détruiiit / Je renais de mes cendres / Vous ne pourrez me prendre ma viiie / Car je suis d’un autre saaang ! » Didier t’es beau !


LE CONCERT D'ADAGIO







Bon hé Stéphan t’es beau aussi, mais « Sanctus Ignis » (NTS – 2001) passait quand même vachement mieux en live que « Underworld » (NTS – 2003) et d’ailleurs tu l’as bien compris puisque déjà au Solid Hard Live de Montereau (77) tu n’avais pas joué plus de trois ou quatre titres du dernier Adagio (si je me souviens bien) et là même topo : une majorité de titres de « Sanctus Ignis »...

C’est pas forcément un mal d’ailleurs, parce que « Sanctus Ignis » est à ce point riche de perles néoclassiques que tout est encore à jouer, trois ans ou presque après sa sortie. A plus forte raison si on sait que le public de Malédiction et Manigance n’est pas forcément là pour « voir un groupe jouer des mathématiques » dixit Le G@SP (merci pour la formule, j’adore – cheers !).

Passons sur les préjugés « technique / pas technique » et reconnaissons que le groupe maîtrise son sujet, même dans les compos moins digestes d’Underworld. Tant qu’on est là, les soli de basse et de batterie, sortis de la convention et du trip, ils étaient vraiment nécessaire ? Pour ma part j’ai trouvé que ça cassait l’harmonie du concert qui pourtant avec des titres comme « Second Sight », « In Nomine... », « The Stringless Violin », « Seven Lands Of Sin », « Sanctus Ignis » ou « Panem Et Circenses » avait tout du récital, le mot est choisi sciemment. Je crois que j’ai cité tous les titres ou presque joués ce soir-là... qui sont également tous les titres ou presque de « Sanctus Ignis »... Etrange.

Passons et reconnaissons les immenses qualités du groupe encore démontrées ce soir : David Readman impérial au premier plan, Stéphan Forté irréprochable (sauf peut-être au niveau du pantalon à sangles ?) et affuté, Frank Hermanny qui maîtrise le slap tout de même, et les deux autres dont j’ai oublié le nom, tous autant qu’ils sont, de « Seven Lands Of Sin » à « In Nomine... », l’hymne white metal néoclassique ultime, en passant par la reprise de Led Zeppelin « Immigrant Song » (Aaaaaaaaaah !) délivrent avec un art consommé un festival métal généreusement ornementé, baroque dans son foisonnement, néoclassique par sa clarté et romantique dans sa tension constante (ah si, réécoutez « The Stringless Violin ») entre les ténèbres et les cieux... En fait Adagio c’est un peu Caravage, Botticelli ou Canaletto avec des guitares et des claviers, non ? Un guitare surtout, omniprésente, acérée, toute en contretemps et en syncopeset en déluge de notes lumineuses, comme autant de rayons de la Vierge dans le ciel printanier d’une fresque de Michel-Ange (carrément ouais), celle de maître Malmst... euuuh, Forté bien évidemment...

Une bonne soirée finalement, conclue sur un triple constat : Malédiction c’est vachement moins bien quand on les rate, Manigance c’est rudement mieux quand on s’y attarde, et Adagio c’est toujours un bonheur quand ils jouent le premier album (« Sanctus Ignis » pour les oublieux). Le lendemain on attaquait à l’aube à la Loco pour la préparation du festival de l’Erèbe. Panne de réveil : j’étais en retard...

Sepul-râle-ment vôtre,

Renaud / evil.muffin.666


LES VIDEOS
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Ces extraits vidéos sont à titre d'illustration et leur qualité sonore n'est pas représentative du groupe en concert / These small video excerpts are for promotional use only and the low-fi sound is not representative of the band quality in live !


LE CONCERT DE MANIGANCE




LE CONCERT D'ADAGIO




Tschüß !

RICHTER

Q Pour les photos et extraits vidéos du concert de Manigance le 6 avril 2003 aux Trophées du Hard-Rock cliquez ICI

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