Netgothfr - Chroniques



N°: 140

FESTIVAL DE L'EREBE

18 Février 2004, La Locomotive, Paris (75)


Les photos figurant dans cette chronique ne sont pas libres de droit. Prière de bien vouloir contacter le photographe pour toute utilisation.
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(Photos et vidéos par Richter, chronique par Renaud et Sarg)


L’ouverture des portes à 21h aura fait la démonstration d’une ponctualité étonnante pour la Loco. 21 heures disais-je, coup d’envoi du Festival de l’Erèbe premier du nom, fruit du travail de la Bibliothèque du Cénacle, toute jeune (alors) association parisienne, et de Fairy Metal Production, label, entre autres, de Jadallys. Hors le nombre appréciable de préventes, tout restait à faire afin de consacrer ou de condamner cette initiative élevée au rang de sujet de débats parfois houleux.

Volonté de passionnés de s’investir à leur tour dans la promotion d’une scène multiple et protéiforme, désir de promouvoir artistes et talents en embrassant tous modes d’expression : le projet était ambitieux, l’histoire déjà anecdotique. Notamment grâce à la Loco qui avait jugé opportun de louer ses locaux à une soirée étudiante la veille. Ca ne s’invente pas.

Mention spéciale aux membres de la Bibliothèque et à Rosa Crux qui, pour pouvoir installer leurs jeux de fers, durent nettoyer les restes de jus de fruit et de vomi (?) oubliés un peu partout par les technichiens de surface…

Très rapidement, le public afflue et prend ses marques, heureusement ignorant du marathon des jours précédents, qui calés dans les fauteuils, qui accoudés au bar, tandis que Gumic (fourni dans le pack Loco avec les fauteuils éventrés et les tables poisseuses) s’avère assez convainquant pour attirer les premiers danseurs sur la piste.


L'EXPOSITION



Depuis la porte gardée par le gros bras de la Loco (fourni dans le pack également) - qui doit sourire intérieurement devant pareil afflux de petits bras enveloppés de résilles -, tout le long du bar et jusque dans l’espace salon, stands et expositions prolongent les ramifications culturelles de cette première édition de L’Erèbe.

Suspendues par des chaînes (grrr), photos et illustrations proposent, outre la contemplation de biens belles images, un aperçu d’une autre forme d’expression de la culture dark, qui, pour n’être pas aisément définissable, n’en est pas moins présente, vivace et féconde…

Les Noirs, pourpres et violines qui habillent des personnages blafards et androgynes côtoient les clichés de scène de Punish Yourself, Laibach, Genitorturers et autres. Ailleurs, vêtements, bijoux et flyers s’offrent à la curiosité vorace d’un public de plus en plus nombreux à mesure que les minutes s’écoulent…

Formidable pied de nez aux détracteurs de la Bibliothèque du Cénacle, l’événement prend d’emblée des allures de réussite, associant à son enthousiasmant début le public, les exposants, les artistes présents et plus particulièrement en ce début de soirée…


LE THEATRE DU SANG



… dont cette représentation devait être un avant goût du prochain spectacle, librement adapté du Horla de Maupassant. Deux mois à peine de répétition, un filage mené dans l’excitation de l’heure approchant (les groupes eux-mêmes avaient du une fois encore se plier aux horaires de balance à géométrie variable). Une pièce toujours en cours de développement donc, mais qui allait sans doute permettre à la jeune troupe de toucher un public déjà considérable au cours de cette seule représentation.

Du texte déclamé, des scènes dansées, des nymphes, des personnages torturés, inquiets et inquiétants : tableaux et contes d’une folie ordinaire, enluminés par la présence et le violon d’Olivia Benedetto, aussi altière et superbe qu’à la grande époque de Gaë Bolg.

Les masques se succèdent, errants pâlots ou nymphe moqueuses, empruntant chacun leur tour les sentes obscures et tortueuses de la psyché malade du personnage. Une performance schizophrène et multiple qui devra tout au jeu des comédiens, dans un décor d’un dépouillement clinique, le support vidéo ayant lui pâti du chaos organisationnel de la… oui bon vous avez saisi…


LE CONCERT DE JADALLYS





Inspiré, humainement très, très sympas aux dires de ceux qui ont la chance de les connaître en coulisses, les membres de Jadallys, emmenés par Tino et Sélène, prennent place, rodant tout à la fois la partie concerts du festival et leur nouveau clavier, Jodrell, également illustrateur.

Fantaisie sylvestre et psychédélique, le « fairy metal » de Jadallys a déjà son public, et sait faire peu de cas des menues difficultés techniques d’une sonorisation trop imprécise. « Le Meneur de Loups », « reflets », « Songe » ou bien « Le Silence » parmi les titres les plus accrocheurs, entraînent derrière eux un public enthousiaste pour certains, dubitatif pour d’autres, mais touché, quoi qu’il en soit.

Voyage nocturne et onirique sous les frondaisons d’une forêt primordiale, bande son idéale pour un périple au cœur des bois de Ryhope, Jadallys prouve ce soir que Lavondyss est à la portée de qui sait écouter. Même à la Loco.

La setlist : Songe, Ce que je vois, Douce hystérie, Reflets, Break, Le silence, Le meneur de loups, Invitation, Tout ça.


LE CONCERT DE LYCOSIA





Nouvel album, nouvelle image et une prestation à la fois très attendue par les fans (manifestement nombreux ce soir) et très à-propos au sein d’un festival se voulant symptomatique d’une scène dark évolutive et, pour le coup, française Monsieur.

Quatre acteurs sur scène pour une pièce qui s’ouvre sur « Rise Up », premier titre (et l’un des meilleurs) du dernier album. Aaah comme ils sont ronds en savoureux à l’oreille ces R roulés comme un Peter Steele un brin taquin. Certes, Lyco, c’est pas Type O, mais Don Ragno cogne assez fort pour faire dire que Lycosia, c’est pas non plus que du rock pour minettes…

Les titres s’enchaînent sans heurt, et soudain, comme qui dirait, c’est le drame : Shanka s’écorche le doigt et quelques gouttes de sang maculent sa guitare et le saz. Rien de bien grave, mais ça en aura certainement fait couler plus d’une. Et ce n’est pas de sang que je parle.

L’éclairage aurait sans doute pu mettre Don Ragno un brin plus en valeur, mais dans l’ensemble, et en dépit du cruel manque d’un clavier live, la prestation aura été très à la hauteur de l’événement, permettant en plus de réécouter, en sus des titres du dernier CD, cette perle de rock gothique qu’est Retaken…

La setlist : Rise up, Glitters, Velveteen, Cold summer, Altai, Ice queen, Trade in ur hate, Travelling through our love , Retaken.


LE CONCERT DE VIOLET STIGMATA





Violet Stigmata… Pas mal de chemin parcouru depuis les premiers concerts. Le groupe s’est aguerri sur scène, et c’est un déferlement electro-deathrock qui assaille le public, recevant avec un enthousiasme manifeste les titres enchaînés sans temps mort. Comme en plus Nico a un joli chapeau…

La setlist : Intro, (I want to be) a little girl, Brown Jenkin, Leave, Abyss, Parasite, Coroner blues, Meaning of dogs, Sleeping people, Cut the flesh wires, Rats, PSM II. Rappel : Shrivelled fruit theory, Suicide cage.


LE CONCERT D'EROS NECROPSIQUE









Tête d’affiche de l’Erèbe, Eros Necropsique effectuait son retour sur scène après une parenthèses de… d’un certain nombre d’années…

Kitchissime, la poésie académique et déclamée d’Olivier, regorgeant plus encore de verges que les balades en argot homosexuel de François Villon ravit manifestement un public composé à parts égales de fidèles et de curieux. De fait, Olivier et ses musiciens sont très, très sympas hors scène, et suffisamment rares pour que l’absence ait fait d’Eros un groupe culte, plus encore que leur œuvre, somme tout réduite (remember Corpus Delicti, une poignée de CD et hop, on en parle plus)…

Passons, ce soir, c’est le grand soir, tout à la fois retour à la scène et chant du cygne en prélude à une nouvelle ère, Sébastien, le bassiste ayant prévu de quitter le groupe après ce concert, concert qui s’émaillera de diverses anecdotes, comme la boîte du haut, laissant suinter son atmosphère de club entre deux titres d’Eros, « Alphonse Brown » succédant au Deuil du Merveilleux et j’en passe et des pas meilleures…

Le spectacle aux allures d’office alternatif, impie, iconoclaste et libertin (des litres de semence contenus dans les titres d’Eros, pas moins) aura en tout cas ravi son public. Le Départ, scandé par un Olivier sanglé dans une camisole de force, puis Le Pardon, en prélude à un brin de mise en scène qui aura prouvé pour certains qu’il y a bel et bien une vie artistique après « C’est mon choix » (highly private joke). Un cercueil, un corps inerte qu’on en extrait, il n’en fallait pas davantage pour donner vie sur scène au Nécrophile.

Olivier déclame, caresse, lape et chevauche… Un grand moment. Le corps est évacué et les premières notes de la pluie d’or résonnent : ritournelle médiévale évoquant de loin une piste de Sopor Aeternus larmoyant sous le soleil de Saturne, soutenu par les vocalises soprani et basses de Jeanne et d’Olivier.

Noir complet. Lorsque la lumière est de nouveau, le spectacle d’un homme nu, enchaîné, s’offre au public et lui à Olivier. « Aujourd’hui deux mains » et les protagonistes s’effleurent, s’étreignent, sans qu’une once de gauloiserie ne vienne salir le spectacle pourtant cocasse. Pour « L’Appel de Dionysos » en revanche, qui n’est pas sans évoquer une nouvelle de Dino Buzatti, dans laquelle une ville entière, aveuglée par et cachée au regard perçant de la culpabilité par un épais brouillard, se transforme en bacchanale. « Des tissus tuméfiés embouchent les phallus » et le personnage entravé erre dans le public, distribuant caresses et étreintes à une assistance saisie et, supposons-le, ravie à défaut d’être surprise.

A « Ce qui charrie le flot de Vie » succède « Le Deuil du merveilleux », qu’Olivier plein de « dégoût du cerf » interprète avec – non un faon – mais un ours en peluche dans les bras. Dernier titre : « Communion ». Olivier une fois encore scande et déclame, tandis que deux comédiens – un homme et une femme, nus bien évidemment – peints en bleu et jaune, se frottent l’un l’autre, sans doute pour faire du vert. C’est frais, on ne s’en lasse pas.

Les Eros (amusant à lire à haute voix) quittent la scène, puis s’en reviennent pour un premier rappel : « A l’Ami décédé », tout en dolorisme macabre et grandiloquent, puis « Ultime révérence ». Ce qui rendit le moment vraiment drôlatique, ce fut le lancement d’un London After Midnight des familles, alors que les Eros (hahaha, on garde le rythme) se préparaient à un second rappel. Et Olivier de débouler sur la scène, dépenaillé, surpris en plein changement de costume par les premières mesures du L.A.M., et d’expliquer, visiblement mal à l’aise, que le concert n’était pas fini. Autant dire que l’anecdote valait son pesant d’anxiolytiques. Dont acte : le revoilà en pyjama, échevelé, plus tourmenté que jamais (pour le coup il y avait de quoi), nous livrant un « Noyade » agonisant et sonore, se jetant au sol pour mieux s’y convulsionner entre deux hurlements insanes et convaincus.

La setlist : Intro, Le départ, Pardon, Le nécrophile, La pluie d'or, Aujourd'hui deux mains, L'Appel de Dionysos, Ce que charrie le flot de vie, Le deuil du merveilleux, Communion. Rappel 1 : A l'ami décédé, Ultime révérence. Rappel 2 : Noyade.


LES PERFORMANCES JEUX DE FER



Dans les entrailles d’une Loco aux allures de Disneyland dark se développait une toute autre atmosphère. Poulies, cordes, chairs, rouille, sueur, grincements et infrabasses, Rosa+Crvx présentait un aspect encore plus fascinant, encore moins accessible de son œuvre.

Des machines, et des personnes, dont la moins bien lotie était sans doute Eléonore, juchée sur une enceinte et torturée par son plastron, son masque et ses capteurs pour une version electro-acoustique de la Danse de la Terre.

Disparate, le public composé à parts égales de toutes ce que la scène dark peut drainer d’esthètes, d’ado, de métalleux et de puristes de la musique froide et introspective, assista religieusement aux divers offices des Jeux de Fers, assis, debout, massés, captivés par des démonstrations d’agressivité aveugle et les boucles industrielles construites son à son par les machines.








Les machines et les protagonistes avaient déjà été présentées dans le bref report effectué lors des séances d'entraînement. On les retrouvait toutes et tous - sauf l’octabasse, finalement impossible à régler en si peu de temps et le broyeur – casés au centimètre près dans un espace littéralement rempli jusqu’au plafond des rouages, des armatures et du souffle oxydé des machines.

Parce que les créations d’Olivier Tarabo transcendent les barrières de la biologie et de la mécanique, à l’instar d’un peintre sculpteur suisse qu’on ne présente plus, elles incarnent aussi avec une force qui n’a d’égale que la fraîcheur de leur Pygmalion, cet art des correspondances si cher à un Baudelaire qu’il fait beau lire au Père Lachaise, les yeux barbouillés de noirs et les bras saucissonnés dans les résilles de maman…

Mais après tout, c’est aussi parce que ce festival aura réussi à accueillir tout le monde, sans élitisme déplacé, qu’il aura été une réussite.

Renaud et Sarg


LES VIDEOS
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Ces extraits vidéos sont à titre d'illustration et leur qualité sonore n'est pas représentative du groupe en concert / These small video excerpts are for promotional use only and the low-fi sound is not representative of the band quality in live !


LES PERFORMANCES JEUX DE FER




LE THEATRE DU SANG




LE CONCERT DE JADALLYS




LE CONCERT DE LYCOSIA




LE CONCERT DE VIOLET STIGMATA




LE CONCERT D'EROS NECROPSIQUE




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